Huile de palme : quand Bolloré tente de faire taire les journalistes

Source : communiqué de presse, mis en ligne le 10 février 1016

Emprisonnement en Sierra Leone, procès de journalistes en France, les voix critiques contre Bolloré réduites au silence

 

A la veille d’un nouveau procès intenté par Bolloré contre des journalistes de médias français, des organisations dénoncent l’emprisonnement le 5 février de 6 leaders des communautés locales affectées par les investissements de la SAC [1], une filiale de Socfin, société liée au groupe Bolloré.

 

Bollore huile de palme journaliste intimidationIl y a un an, Shiaka Sama, l’un des militants arrêtés, avait été invité à Paris par le groupe Bolloré à la table des négociations pour résoudre les conflits liés à l’exploitation de plantations par des filiales de la Socfin en Afrique et au Cambodge. Aujourd’hui, il est derrière les barreaux de la prison de Bô, la deuxième ville de Sierra Leone. Avec lui cinq autres militants ont été écroués, jugés coupables de la destruction de 40 palmiers à huile. Les 6 militants emprisonnés qui nient les faits sont membres de l’association MALOA (Malen Affected Land Owners and Users Association) : à défaut de pouvoir payer une amende allant de 6500 à 13 000€ par personne, ils devront purger une peine de 5 à 6 mois d’emprisonnement. Depuis 2011, la SAC [1], filiale de la holding luxembourgeoise Socfin, a obtenu 12 000ha de terres qui étaient utilisées par les agriculteurs locaux de 40 villages. Plusieurs protestations ont été réprimées : arrestation de manifestants en octobre 2011 puis en août 2012 ; tirs de la police et arrestations de manifestants le 9 décembre 2013 ; arrestations de 11 personnes suite à des heurts le 14 janvier 2015, emprisonnement de 7 membres de l’association le 8 septembre 2015 lors d’une campagne d’adhésion.

La Socfin est détenue (directement et indirectement) à 38,75% par le groupe Bolloré. Ce dernier s’est engagé à user de son influence pour résoudre les conflits fonciers. Il a reçu Shiaka Sama et d’autres représentants de communautés à Paris le 24 octobre 2014. Il s’était alors engagé à une deuxième réunion de négociation en 2015 qui n’a finalement pas eu lieu.

Shiaka Sama annonçait ses craintes quelques jours avant le verdict : « Bolloré ne tient pas ses promesses de médiation et laisse Socfin réprimer plutôt que dialoguer. En Sierra Leone la Socfin a juré d’user de son influence pour nous mettre en prison pour avoir dénoncé les violations des droits des communautés dont ils se sont rendus coupables à Malen ».

Répression des militants en Sierra Leone, poursuites bâillon en France

Ce jeudi 11 février 2016 se déroule l’audience des journalistes de Bastamag, accusés de diffamation par le Groupe Bolloré suite à la publication d’un article dénonçant l’accaparement des terres et l’implication des fonds d’investissements et de grandes entreprises multinationales. Ce type de plainte, dénommée « poursuite bâillon », fait suite à de nombreuses autres déposées par les groupes Bolloré et Socfin contre des journalistes et ONG ces dernières années. La pression morale et financière de telles procédures affaiblit la liberté d’expression en France, et accentue le déséquilibre entre les défendeurs de droits ou journalistes, et les groupes tels que Bolloré.

Une mobilisation aura lieu le jour même à 17h devant la 17ème chambre du Tribunal de grande instance de Paris pour soutenir ces journalistes et exiger la libération des 6 Sierra Léonais emprisonnés. Les riverains des autres plantations des filiales de Socfin se mobiliseront également dans les jours qui viennent pour montrer leur solidarité et apporter leur soutien moral et financier.

[1] Socfin Agricultural Company Sierra Leone Ltd : Socfin détient 59 % de SOCFINAF qui, à son tour, détient 85 % de la SAC. Source : Socfin, Organisation, http://www.socfin.com
 

Pour en savoir plus  :
- Pour plus d’information sur le projet Socfin en Sierra Leone et l’opposition des populations locales, un rapport et une vidéo préparés par l’Oakland Institute sont disponible à : http://www.oaklandinstitute.org/sites/oaklandinstitute.org/files/rapportOISocfinAvril2012enfrancais.pdf  et  https://www.youtube.com/watch?v=abE...
- L’article en question dans le procès pour diffamation : http://www.bastamag.net/Bollore-Credit-agricole-Louis
- Voir les appels urgents de la FIDH et de l’OMCT via l’Obsevatoire pour la Protection des défenseurs des droits humains, https://www.fidh.org/en/region/Africa/sierra-leone/
- Socfin, Sustainability Report 2014, http://www.socfin.com/Files/media/News/Sustainability-report-2014-def.pdf

 

Vincent Bolloré contre Basta ! : à bas la presse libre, vive les paradis fiscaux

Article d'Attac France

Ce jeudi 11 février s’ouvre le procès en diffamation contre le site d’info indépendant Bastamag sur plainte de Vincent Bolloré. Après avoir normalisé Canal +, M. Bolloré veut étouffer le scandale… Bolloré en faisant taire Basta !, un site d’info qui dérange. Il devrait plutôt se méfier de la publicité : la société Socfin, épinglée par Basta ! au vu des enquêtes de terrain menées par plusieurs ONG sur l’accaparement de terres en Afrique, est aussi lourdement impliquée dans deux paradis fiscaux particulièrement nocifs, Liechtenstein et Luxembourg.

Sans lanceurs d’alerte, pas de progrès contre l’évasion fiscale. Les scandales HSBC, Crédit Suisse, UBS, LuxLeaks, Cahuzac n’ont été possibles que par la prise de risques d’individus courageux ou de médias indépendants comme Mediapart. Leurs révélations, tout comme les actions des faucheurs de chaises contre BNP Paribas et ses 171 filiales dans les paradis fiscaux, sont nécessaires pour forcer les pouvoirs publics à sortir de la passivité et des faux-semblants.

C’est pourquoi le procès en diffamation intenté par Vincent Bolloré à Basta ! est particulièrement odieux. L’article incriminé s’appuyait sur des rapports des Nations unies et d’organisations internationales pour éclairer le rôle des grandes entreprises françaises impliquées dans l’accaparement de terres en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Il citait donc la Socfin, une holding luxembourgeoise dont Vincent Bolloré est actionnaire et qui gère des plantations d’hévéas et d’huile de palme en Afrique et en Asie.

Il se trouve justement que la Socfin est exemplaire des montages fiscaux tarabiscotés qui permettent aux grands groupes d’éviter le fisc. Outre de nombreuses filiales tropicales, Socfin possède 12 « filiales opérationnelles » européennes, toutes situées dans des paradis fiscaux (Luxembourg, Suisse, Belgique). Outre le groupe Bolloré lui-même (38 %), ses actionnaires principaux, opérant tous dans la galaxie Bolloré, sont immatriculés au Luxembourg (Afico) et au Liechtenstein (Geselfina et Towsun Finance).

Le milliardaire Vincent Bolloré cherche à étrangler un jeune site indépendant alors même que ses entreprises africaines sont accusées par les ONG de violer les droits humains et que son groupe possède de nombreuses connexions avec les paradis fiscaux. Attac apporte tout son soutien à Basta ! et demande sa relaxe ainsi que l’ouverture immédiate d’enquêtes officielles sur les agissements du groupe Bolloré en Afrique et dans les paradis fiscaux.

Les articles de Basta ! sur le sujet :

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