Hors-série de Politis, les grands débats de la gauche

Le Lot en Action, mis en ligne le 17 juin 2014

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Politis hs jauresL’Edito de Denis Sieffert

La gauche, encore et toujours…

Finalement, le saviez-vous, il s’en est fallu de peu que Politis ne fût un journal de droite. Il aurait suffi pour cela qu’en ce 28 août 1789, les membres de l’Assemblée constituante opposés au droit de veto décident de se regrouper dans la partie droite de la salle des Menus Plaisirs (1) et le sens de l’histoire en aurait été inversé.

C’est dire combien la notion est fragile, en plus d’être relative. Elle est si relative que, parfois, on ne sait plus très bien où elle est. Être à la gauche de Sarkozy – ce qu’on peut à la rigueur concéder au gouvernement actuel – suffit-il à être « de gauche » ? On voit bien que non. En tout cas, la politique économique et sociale que nous subissons ne donne pas de signes évidents d’appartenance.

Si on ajoute à cette crise d’identité politique la récupération pour de mauvaises causes des mots qui figuraient traditionnellement dans le vocabulaire de la gauche, la confusion est à son comble.

« Réforme » est synonyme de régression, « solidarité » signifie assistanat, la « sécurité de l’emploi » est un privilège et le « salarié » un nanti. Quant à la « synthèse », la belle synthèse jaurésienne, elle est devenue une magouille de congrès…

Même le progrès, si consubstantiel à la gauche, a subi les outrages du temps pour devenir, comme la langue d’Esope, la meilleure et la pire des choses. Mais, c’est une autre affaire. Il s’agit moins ici de détournement des mots que d’une remise en cause critique d’un concept éprouvé par les tragédies de l’histoire.

Il résulte de tout cela que la gauche ne sait plus toujours où elle est. Aujourd’hui, il lui arrive de n’être plus qu’une allégation sans preuves ou une place dans l’hémicycle.

 

« Jaurès » veut aussi dire rassemblement de la gauche, la vraie, sans dogmatisme ni sectarisme

Pourtant, en dépit de l’instabilité des concepts, on constatera à la lecture de ce numéro de Politis que les problématiques ont presque toujours gardé leur appellation d’origine : l’école et la laïcité, la question sociale, le rapport au pouvoir, la nation, la guerre et le pacifisme, le racisme font toujours débat, tout en se transformant au rythme de l’évolution des connaissances, et au gré de ce que je m’obstine à appeler la lutte des classes.

C’est de toutes ces évolutions dont nous avons voulu rendre compte dans ce numéro grâce aux contributions des meilleurs auteurs. Si le point de départ de leur réflexion a toujours été Jaurès, ce n’est pas seulement pour sacrifier au rituel du centenaire, mais parce qu’après tant de bouleversements, de détournements et parfois, il faut bien le dire, de trahisons, nous sommes tous en quête de boussoles.

Et le nom de Jaurès, lui, n’a pas bougé. Il veut toujours dire « engagement », « courage », « sens de la justice », « générosité ». Il veut dire aussi « rassemblement » de la gauche, la vraie, sans dogmatisme ni sectarisme. Qui oserait prétendre que ce n’est pas d’actualité ?

Ce numéro est aussi, à sa manière, un appel au regroupement de tous ceux qui croient à une gauche écologique et sociale. Comment imaginer que le pays qui a inventé « la gauche » soit aussi celui qui lui porte le coup de grâce ?

 

Note

(1) Car la gauche, on aurait trop tendance à l’oublier, est née à Versailles, dans l’hôtel des Menus plaisirs…

 

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