EPR : chronique d'un désastre annoncé

Le Lot en Action, par Bluboux, mis en ligne le 10 juin 2015

MediapartMédiapart a publié le 8 juin dernier un rapport confidentiel de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui révèle de graves dysfonctionnements de pièces essentielles de l’EPR de Flamanville (Manche), les soupapes de sûreté, chargées de s’ouvrir pour laisser partir la vapeur et faire ainsi baisser la pression en cas de surpression du circuit primaire. Pour ceux que ce charabia laisse pantois, citons simplement l'accident nucléaire de Three Mile Island, en mars 1979 aux États-Unis : à la suite d'une surchauffe du réacteur, les soupapes de sécurité s'ouvrent pour faire baisser la pression. Alors qu’elles devaient toutes se refermer une fois la situation redevenue normale, une des soupapes était restée ouverte. Le circuit s’est ainsi vidangé de toute son eau et, comme à Fukushima, le cœur du réacteur a fini par fondre, provoquant des rejets radioactifs dans l’environnement. Cet accident à conduit à l’arrêt du programme nucléaire américain.

Epr flamanvilleDans le rapport publié sur le site Médiapart (1), l'IRSN note que, non seulement le fabricant ne s’est pas donné les moyens de détecter l’ensemble des anomalies (ce qui est sommes toutes vraiment rassurant, vous en conviendrez), mais qu'en plus il a opté pour des modèles de soupape dont la conception est moins fiable que celle des modèles utilisés jusqu’à présent sur le parc nucléaire français. Et dans ses conclusions, le gendarme du nucléaire n'épargne pas non plus EDF puisqu'il constate « qu’aucune réponse n’a été apportée par EDF sur les risques que font encourir ces défaillances quant à la sûreté nucléaire ».

Ces nouvelles anomalies viennent s’ajouter aux défauts de fabrication de la cuve du réacteur, également relevés par l'IRSN en avril dernier. Rappelons que l'EPR de Flamanville devait initialement entrer en fonction en 2012, mais sa mise en service avait été retardée à 2014, puis à 2016 et maintenant à 2018, et son coût a été plusieurs fois revu à la hausse pour atteindre 8,5 milliards d'euros, soit près de trois fois plus que le budget initial. Un beau succès à la française. Face aux pertes abyssales du groupe (presque 5 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 8,3 milliards en 2014), François Hollande a tranché : Areva sera démantelée et les activités de construction et de maintenance de réacteurs reviendront dans le giron d'EDF. Les consommateurs vont en supporter le prix, et très rapidement l'idée fausse de « l'électricité sûre et pas chère » va prendre du plomb dans l'aile, puisque le prix du kilowatt va exploser.

Le rapport de l'Adème sur la faisabilité de 100% d'électricité renouvelable en France à l'horizon 2050, enterré par le gouvernement en avril dernier (2), met en exergue l'impasse dans laquelle notre pays s'est engagé. Le problème du coût du renouvellement du parc nucléaire français se fait de plus en plus pressant, à mesure que les risques d'accidents graves augmentent de mois en mois...

 

Notes

(1) EPR Flamanville: de nouvelles et graves anomalies au cœur du réacteur : http://bit.ly/1BYlRIQ

(2) Le rapport caché sur une France 100 % renouvelable : http://bit.ly/1a8GNoK

 

Epr flamanville

 

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