C'est bientôt le moment de faire votre BRF

Le Lot en Action, mis en ligne le 4 septembre 2014

200906101151Le mois d'octobre se profile à l'horizon et marquera le début de la saison pour couper les rameaux nécessaires au BRF (bois raméal fragmenté). Nous abordons régulièrement le sujet dans nos colonnes et y avons consacré un dossier central (LEA n°43, consultable en pdf sur le site). Le site de Terraeco.net publie une interview de Jacky Dupéty, que nous reproduisons ci-dessous.

 

Interview - Depuis près de dix ans, l'agriculteur Jacky Dupéty expérimente cette technique née en Amérique du Nord. Il arrose moins, obtient des rendements plus élevés et des légumes plus goûteux grâce à ces copeaux de bois frais.

Ingénieur en environnement devenu agriculteur, Jacky Dupéty expérimente depuis 2004 une technique agricole née en Amérique du Nord. Il recouvre ses terres de copeaux de bois fraîchement broyés appelés BRF (bois raméal fragmenté), ce qui retient l’eau, favorise la vie du sol et améliore ses récoltes.

Terra eco : A quoi sert le BRF en agriculture ?

Jacky Dupéty : Tout part d’une profonde réflexion sur la vie du sol et sur deux choses dont ce sol dépend fortement : les arbres et les champignons. Le plus simple pour le comprendre c’est de penser à la forêt, où l’on voit que les trois sont très imbriqués et dépendent l’un de l’autre. Il faut d’abord savoir que dans les branches d’un arbre on trouve une matière qui s’appelle la lignine, c’est elle qui fait notamment que l’arbre est rigide. La lignine est quelque chose de très complexe et d’extrêmement énergétique, que seuls les champignons sont capables de digérer. Et c’est cette action des champignons qui libère les nutriments et permet l’apparition d’une chaîne alimentaire très complexe et d’une grande diversité dans le sol. Le principe du BRF, c’est de copier ce modèle de la forêt pour les sols en agriculture. On va couper les rameaux en hiver, ensuite on va les broyer et les répandre et là la vie du sol va réapparaître.

Avez-vous mesuré l’impact du BRF sur vos cultures ?

Je vis sur les Causses du Quercy (Lot), dans un sol plein de cailloux qui est considéré comme impropre à la culture. Je travaille sans arrosage, sans désherbage, sans traitement phytosanitaire. Pourtant mes rendements sont très élevés, les plantes sont moins touchées par les parasites et les légumes ont des qualités gustatives supérieures parce qu’ils n’ont pas été gorgés d’eau. Plusieurs études ont été menées à l’étranger notamment sur un projet au Sénégal avec l’appui de la Banque mondiale en 1995 qui a montré des augmentations de rendement de 170%. L’université canadienne de Laval a aussi mené de nombreuses expériences qui confirment ces taux d’augmentation (Dans un rapport publié en 2002, elle indique des augmentations de 30% à 300% des rendements selon les récoltes).

Pensez-vous que ce soit applicable à grande échelle dans le monde agricole ?

En tout cas, le matériau est disponible par millions de mètres cubes et ce, chaque année et sur toute la planète. Pour moi le BRF entre dans la même logique de générosité, proche de celle des Incroyables comestibles. La plupart du temps les communes taillent leurs arbres à l’automne et jettent le tout à la déchetterie où l’enlèvement coûte 60 euros la tonne. On pourrait au contraire broyer ce bois et le distribuer aux habitants pour leurs cultures, ou même les utiliser pour des potagers sur l’espace public. On serait dans une logique circulaire, le bois coupé n’est plus un déchet. Près de chez moi quatre communes vont expérimenter ça l’année prochaine, on pourra mesurer les avantages et les inconvénients.

Pcumip046v5091i7 2Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs jardiniers qui voudraient expérimenter le BRF ?

D’abord, la meilleure saison pour couper les rameaux c’est d’octobre à janvier, quand ils ont accumulé le plus de nutriments. Ensuite, il faut broyer plutôt les branches de 3 à 4 centimètres de diamètre qui sont celles qui ont le plus de lignine. On peut ensuite immédiatement épandre sur le sol une couche de 3 à 5 centimètres, il ne faut pas que le broyat soit sec. On n’a plus alors qu’à attendre le mois d’avril ou mai et à mélanger le broyat directement avec la couche supérieure du sol. Les effets se feront ensuite sentir sur plusieurs années. C’est très simple, le seul facteur limitant c’est que pour la phase du broyage il faut une machine. Une solution peut être de louer ou d’acheter la machine à plusieurs. Je connais par exemple des jardiniers, qui sont dans le Jardin Bourian dans le Lot et qui expérimentent ensemble le BRF depuis trois à quatre ans. Chaque année, ils se retrouvent à 35 ou 40 et ils partagent leurs rameaux pour fabriquer du BRF. Là encore on est proche des Incroyables comestibles puisque c’est du partage que naît l’abondance.

Jacky Dupéty présentera le BRF aux Entretiens de Sologne à Chaumont-sur-Loire le vendredi 26 septembre, lors d’une table ronde consacrée aux « révolutions tranquilles »

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