Il y a le feu au journal Le Monde et à l'AFP

Le Lot en Action, mis en ligne le 6 mai 2014

Liberte de la presse lot en action 2Il y a le feu à la rédaction du monde et à l'AFP. Nous publions ci-dessous l'article d'Isabelle Hanne, publié ce jour dans Libération, faisant état de la démission en bloc de sept rédacteurs en chef au Monde et des raisons de ce clash. Le second texte est un communiqué du Syndicat National des Journalistes (SNJ), daté du 30 avril, annonçant que le syndicat se retire des négociations en cours avec la direction.  La presse est en crise et, comme on le dit chez nous, "le cochon est dans le maïs"...

 

En désaccord avec la direction du journal, sept rédacteurs en chef viennent de quitter leur fonction.

Dans les couloirs feutrés du Monde, boulevard Blanqui à Paris, on n’en revient pas: selon nos informations, sept rédacteurs en chef sur onze viennent de donner leur démission à la directrice, Natalie Nougayrède.

«Depuis plusieurs mois, nous avons envoyé de nombreux messages d’alerte pour signaler des dysfonctionnements majeurs, ainsi qu’une absence de confiance et de communication avec la direction de la rédaction nous empêchant de remplir nos rôles à la rédaction en chef, écrivent les sept démissionnaires, dont Cécile Prieur, François Bougon, et Nabil Wakim, dans un mail adressé à Natalie Nougayrède et à Louis Dreyfus, président du directoire. Nous avons tenté d’y apporter des solutions, sans succès. Nous faisons aujourd’hui le constat que nous ne sommes plus en mesure d’assurer les tâches qui nous ont été confiées, et c’est pourquoi nous démissionnons de nos postes respectifs.»

En cause, une série de désaccords et de conflits non réglés depuis plusieurs mois. Désaccord sur la nouvelle formule du quotidien print, initialement prévue ce printemps mais repoussée en septembre. Désaccord autour du projet de quotidien sur tablette, retoqué par l’un des trois actionnaires du Monde, Xavier Niel. Crispation autour du projet de mobilité interne, alors que 57 postes doivent être réaffectés. Absence de décision concernant la direction du web, alors que deux chefs s'en écartent, et qu'une dizaine de CDD arrive bientôt en fin de contrat.

Le monde 1

Surtout, c’est l’absence de communication entre la rédaction en chef et les chefs de service d’un côté, chevilles ouvrières du journal, et la direction des rédactions de l’autre, qui pose problème. Natalie Nougayrède et Vincent Giret, directeur délégué des rédactions (ex-Libé), semblent très isolés, et leurs projets tous combattus. «Il y a des départs d’incendie dans tous les sens», confirme un journaliste du titre.

La rédaction en chef avait déjà menacé de démissionner à l’automne dernier, comme le révélait L’Express. Des tensions plus récentes ont, elles, été révélées la semaine dernière dans un article de Mediapart, qui citait notamment un rapport du cabinet Technologia, spécialisé dans l’évaluation et la prévention des risques professionnels. Le document dressait un constat sévère de la situation au Monde, évoquant entre autres une «direction de la rédaction qui ne donne pas de réponses claires», «le sentiment d’une organisation à bout de souffle», une direction qui «navigue à vue»

Lors d’une réunion dimanche, Natalie Nougayrède avait traité de «putschistes» les rédacteurs en chef qui menaçaient de démissionner. Elue très confortablement à la direction du Monde en mars 2013, elle a répondu dans un court message qu’elle «pren[ait] note de [leur] décision» et qu’ils allaient «évidemment en parler».

Dans la matinée, les sociétés des rédacteurs du Monde et du Monde Interactif (SRM et SRMIA) s’étaient déjà fendues d’un communiqué pour constater «une perte globale de confiance dans la gouvernance du journal. Il y a aujourd’hui un problème de méthode et d’organisation qui exige un vrai ressaisissement au sommet. Il serait grand temps de mettre en place une direction collective et fonctionnelle et que ceux qui font le travail, soient vraiment entendus.»

 

Accord d’entreprise au nom de la "transparence" et de l’"équité" : l’imposture

Afp logo 002La direction de l’AFP a convié les organisations syndicales à une nouvelle réunion le 7 mai pour poursuivre les "discussions/négociations" dans le cadre d’un futur grand accord d’entreprise. Ce rendez-vous fait suite à neuf réunions d’échanges qui ont eu lieu au cours des quatre derniers mois et à une présentation le 3 avril par le PDG d’un "scénario" chiffré conduisant à limiter à 1% la progression annuelle de la masse salariale, contre 1,42% entre 2008 et 2012.

Le SNJ a joué le jeu en participant à ces réunions d’information et a patiemment attendu les propositions de la direction qui avait affiché comme objectif de bâtir un accord d’entreprise avec "des règles de fonctionnement lisibles et communes, basées sur la transparence et l’équité". Mais la présentation du 3 avril a enterré nos espoirs d’un "nouveau contrat social" qui aurait été le fruit d’un dialogue constructif basé sur la transparence et l’équité.

- La direction avait promis plusieurs scénarios possibles : elle n’en a livré qu’un seul, compilant des baisses très précises des droits des salariés (baisse des congés payés, suppression des RTT pour les expatriés, journalistes des desks, employés et ouvriers) et des promesses aux contours très vagues sur les salaires (augmentations générales, primes).
- La direction n’a fourni aucun élément du contrat d’objectifs et de moyens (COM) qu’elle négocie actuellement et qui sous-tend toute sa démarche et ses chiffrages.
- La direction n’a pas caché qu’elle allait continuer à s’attaquer au réseau des expatriés : le nombre de personnels siège en expatriation ne cesse de baisser, et le SNJ avait demandé un engagement à "sanctuariser" le nombre de postes d’expatriés.
- La direction dit vouloir octroyer des primes individuelles allant d’un demi-mois à un mois de salaire : à quel personnel ? sur quels critères, décidés par qui ? Aucun élément là-dessus. Est-ce une politique salariale ou un droit à attribuer de manière discrétionnaire des sommes équivalentes à un 14e mois ?
- La direction n’a fait aucune proposition concernant la prise en compte des astreintes auxquelles sont soumis de très nombreux journalistes et qui ne sont ni payées ni compensées. La direction vient pourtant d’octroyer à un service non rédactionnel des récupérations rétroactives pour les permanences effectuées. Où est l’équité ?
- La direction n’a pas non plus fait de proposition concernant des primes octroyées en mission à certains salariés et pas à d’autres.
- La direction ne s’engage à rien d’autre qu’une vague "charte des bonnes pratiques" sociales - qui risque de n’être qu’une coquille vide - pour les salariés à statut local ou régional.

Pour toutes ces raisons, et face à un "scénario" unique qui ne constitue pas une base de négociation acceptable, le SNJ, premier syndicat de journalistes en France comme à l’AFP, ne retournera pas le 7 mai à la table des discussions.

La convocation à la réunion du 7 mai est accompagnée d’un calendrier prévoyant jusqu’à la fin 2014 des réunions à un rythme effréné - toutes les semaines ou toutes les deux semaines - qui est censé permettre de revisiter quasiment l’ensemble du corpus des textes régissant les relations et droits sociaux à l’AFP. A titre d’exemple, il est prévu une seule réunion pour discuter des congés/RTT/jours fériés/congés exceptionnels. Idem pour les thèmes recrutement/mobilité/entretiens professionnels.

Il faut revenir à la raison : il n’est pas possible de discuter sereinement et en profondeur de thèmes aussi importants en une seule réunion. Il faut être lucide : on ne remet pas à plat en quelques mois un corpus de textes établi au fil de nombreuses années Les salariés de l’AFP méritent un dialogue social d’une autre teneur, plus ambitieux en tout cas que la politique d’affichage qui a caractérisé ces derniers mois.

SNJ AFP - Paris

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