Le nucléaire une catastrophe irréversible ! Fukushima demain chez-vous ?

Le Lot en Action, par Emmanuel Gaignault, mis en ligne le 22 juin 2016

Tandis que les responsables politiques de l’Union européenne préparent l’opinion à un accident nucléaire majeur sur le « Vieux Continent », le mouvement anti-nucléaire français se restructure pour organiser la riposte.

Interview lablanquie 1Fukushima c’est 8% du territoire japonais rayé de la carte pour des millions d’années. L’eau, l’air, les végétaux, les animaux, les insectes et les humains de cette belle contrée touchés à mort. Dans cette région toute la vie est entrée en agonie, le vivant n’est plus qu’une ombre. Après la stupeur : le cri de révolte ! Puis, le silence des condamnés à mort. Bientôt l’oubli... Les habitants sont psychologiquement brisés. A la torture de l’esprit s’ajoutera la souffrance du martyre, le mal de leurs chairs qui va les ronger à petit feu, sans répit aucun. La brûlure inexorable et continue des radiations en feront les damnés de la Terre, rejoignant la longue cohorte des victimes de Tchernobyl. Mais les médias officiels, ces bonnes consciences de l’Occident, auront, depuis longtemps, détourné leurs regards de ces vivants déjà morts. Plus de sons, plus d’images, plus d’archives sur l’horreur. Sans preuve de cette tragédie, de cette macabre réalité comment lancer le signal du refus et de la bataille pour les moins couards ?

Tchernobyl, Fukushima…à qui la faute ? À des naïfs ? Ceux qui ont une foi inébranlable dans le progrès et la technologie. Certains ingénieurs du corps des mines français, qui porte bien son nom, risquent de nous faire tous sauter ! À des égoïstes ? Ceux qui pensent que tant qu’ils ne sont pas concernés ce n’est pas grave ? À des cupides ? Ceux qui savent qu’avec le nucléaire on peut récolter de gros paquets d’oseille, alors tant pis si tous les dix ans ça pète et qu’on a une catastrophe irrémédiable ! Qu’importe s’ils ont du sang sur la conscience, du moment qu’ils ont des billets plein les poches. Pauvres pantins, pauvres crétins. Merci à vous, « citoyens modèles », coupables ou complices de cette technologie morbide.

Actuellement, la notion de crimes contre l’humanité sans prescription est reconnue dans une majorité de pays. À quand une notion juridique internationale imprescriptible pour condamner les crimes du nucléaire contre l’environnement ? Les responsables politiques et économiques du désastre qui a touché le Japon devraient - pardon - devront rendre des comptes sur ces deux plans. Non seulement ils doivent rendre des comptes aux Japonais, mais également à l’ensemble de l’Humanité. Les jeunes ne doivent surtout pas oublier leurs noms car un jour sûrement, un juge ou un procureur, courageux prouvera leurs crimes odieux et les fera condamner.

Peut-on faire confiance à l’ONU qui s’occupe de régenter les affaires internationales et dont le budget dépend largement des subsides des USA ? Quant à l’une de ses agences, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), pour ne pas la citer, elle semble minimiser les scandales et l’impact des catastrophes nucléaires sur la santé humaine. Curieux non ? Cherchez à qui profite le crime et vous pourrez remonter la piste qui mène aux coupables.

Où aura lieu la prochaine explosion nucléaire de cette immonde roulette russe ? Chez nous ? Notre pays, si l’on compare à l’importance de sa population et de à sa superficie, est celui qui regroupe le plus de centrales nucléaires au monde. « Atout » supplémentaire pour la France, toutes nos centrales nucléaires arrivent ou vont arriver très rapidement en fin de vie. Bingo ! Le prochain « BOUM » c’est pour qui ? Les Bordelais ? Les Alsaciens ? Les Franciliens ? Il faudra abandonner vos maisons, vos souvenirs, vos défunts, les lieux de votre quotidien que vous aimiez tant.

Un poignée de personnes s’attaque sans relâche aux mensonges et aux cachoteries du lobby nucléaire français. Si les méduses arrivent à mettre en difficulté une technologie aussi « avancée » que le nucléaire, le grain de sable de la réaction antinucléaire peut espérer changer la donne. Dans l’histoire de l’humanité combien de fois un homme, une femme, ou un petit groupe de personnes déterminées ont changé le cours des événements ? Alors sans peur et sans calcul engageons nous dans cette lutte de la vie contre la mort, pour la planète, pour les victimes, pour ceux qu’on aime, pour les générations futures. Le compte à rebours a commencé, la résistance doit s’organiser pour empêcher l’Apocalypse de l’atome.

 

Entretien avec Michel Lablanquie à propos de la menace atomique.

Interview lablanquie 2Le Lot en Action : comment t'es-tu engagé contre le nucléaire ?

Michel Lablanquie : Au début des années 2000. L'Andra recherchait des sites dans des terrains granitiques pour accueillir un centre d’enfouissement en profondeur de déchets nucléaires hautement radioactifs, les plus dangereux. Parmi les 15 sites pressentis, le massif de Glénat dans le Cantal, à l'extrémité de trois départements, Cantal, Lot et Corrèze, et au croisement de trois régions, Auvergne, Midi-Pyrénées et Limousin – avec beaucoup d'argent pour acheter les consciences des politiques. À partir de cet épisode, j’ai réalisé les risques d’accidents liés à l’industrie, au transport et à la gestion des déchets nucléaires, et me suis dés lors engagé dans le militantisme antinucléaire, avec Patrick Quemper et au côté de VITES, une association du Ségala qui s'était opposée aux mines d'uranium dans les années 50/60.

Dès le début nous avons eu l'attitude de ne pas rester dans le NIMBY (Not in my backward), « Faites cela chez le voisin, pas chez moi ! ». Nous nous sommes donc rapprochés de la Coordination nationale contre l'enfouissement des déchets radioactifs qui existait déjà à l'époque. L'idée et l'envie nous ont poussés à faire un bulletin national de liaison des sites en lutte contre l'enfouissement, au nom élégant de « Bien profond »... pour réunir les oppositions, donner des nouvelles de toutes les luttes, faire front commun. Nous avons aussi organisé plusieurs marches à Lascaux, ainsi qu'une nuit contre l'enfouissement, le Mouvement vers Bure à vélo qui a été un moment inoubliable (archives ici : http://bienprofond.free.fr).

En 2004, nous avons créé le groupe « Sortir du nucléaire Lot » pour fédérer les groupes et individus du département opposés au nucléaire, nous avec le projet d'enfouissement à Glénat, et d'autres comme Quercy-Blanc Environnement, qui s'était engagé contre le passage d’une ligne à très haute tension qui devait traverser le Lot. Les deux projets ont été abandonnés, grâce entre autres à ces luttes. Le Centre d'études de Gramat, au milieu des Causses du Quercy, est un autre point noir sur la carte. Le maintenant CEA (Commissariat à l'énergie atomique… et aux énergies alternatives) a contribué aux essais nucléaires français et à rendre performants les armes à l'uranium appauvri. Nous faisons tous les ans une action en août pour les commémorations des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, et dénoncer l'usage des armes à l'uranium appauvri. L'an dernier nous avons organisé un événement sur quatre jours autour du film « Le Voyage » de Peter Watkins (voir : http://journeesdetudes.org/sdnlot/levoyage).

 

LEA : tu t'es aussi investi pour le Réseau « Sortir du nucléaire » ?

En juin 2010, je me suis impliqué dans le fonctionnement du Réseau « Sortir du nucléaire », comme administrateur (de juin 2010 à janvier 2012, puis de juin 2015 à février 2016), mais surtout comme antinucléaire, soucieux de la lutte et de son efficacité. Cette implication a surtout porté sur un chantier de refondation du Réseau, suite à la crise qui s'est révélée en février 2010 et a lourdement pénalisée la lutte antinucléaire – qui ne s'en est pas encore remis.

Avec Michel Boccara, nous nous sommes engagés pour comprendre, et si possible essayer de résoudre, la crise qui venait d'éclater au sein du Réseau « Sortir du nucléaire ». En début d'année 2010, les groupes réunis en AG ont été confrontés à un conflit entre des salariés qui voulaient licencier leur collègue porte parole Stéphane Lhomme, et le CA majoritairement opposé à cette mesure. Les salariés étaient en grève avec un brassard jaune. Il y avait alerte sur le plan financier, une extrême dramatisation qui concourrait à faire pression sur les groupes, qui découvraient le problème. La situation a été apurée de la manière suivante : le CA a été destitué d'une manière inacceptable, et un nouveau CA provisoire a été élu autour des anciens administrateurs favorables à l'éviction de Stéphane Lhomme. Ce CA provisoire avait pour mandat de ne procéder à aucun licenciement en attendant l'AG prévue en juin, mais la sanction contre Stéphane a tout de même été appliquée.

Ainsi donc, en juin 2010, nous avons appelé les groupes à poser des candidatures aux postes d'administrateurs, afin que le CA soit en majorité composé de groupes non-impliqués dans la crise – nous avions même appelé alors à un Congrès (voir textes sur : http://journeesdetudes.org/sdnlot/ - onglet 'réseau'). Nous nous sommes présentés pour initier la démarche, et avons été élus au conseil d'administration. Nous avons depuis, même après notre mandat, accompagné un long travail de refondation du réseau, pendant six ans, avec patience et persévérance.

Nous avons ainsi organisé pour le réseau deux éditions des « Journées d'études et de propositions », à Toulouse et Clermont-Ferrand, en 2011 et 2012, et édité les deux premiers numéros d'Atomes crochus (sur le site : http://journeesdetudes.org/).

À l'AG de 2015, le groupe SDN Lot a soutenu et accompagné la démarche de refondation commune à plusieurs groupes, sous l'appel : « Notre réseau traverse une crise majeure. Si l'on veut stopper l'hémorragie des groupes et inverser le processus, il est indispensable : d'une part de mettre un terme à la crise interne, et d'autre part de travailler à une évolution du réseau permettant une plus grande implication des groupes et des régions dans la gouvernance. En ce sens un congrès rassemblant les antinucléaires en 2015 serait le signe fort d'un renouveau du mouvement en France. Et un message sans ambiguïté adressé aux lobbies ! ». Cette perspective a remporté la plus grande adhésion, et cinq binômes administrateurs ont été élus sur son programme. En juin 2015, nous avons été cooptés comme administrateurs, avec Laura Ruiz, pour représenter le groupe SDN Lot. Le mandat que nous a confié les groupes était le suivant : réhabiliter les militants et le salarié exclu en février 2010, enclencher un processus de régionalisation, et organiser un Congrès de tous les antinucléaires – qui s'est finalement tenu les 12/15 février à Angers.

 

LEA : Comment s'est mis en place ce Congrès ?

Interview lablanquie 3ML : Le conseil d’administration élu en février 2015 avait mission d’organiser le Congrès ; et c'est dans les plus grandes difficultés qu'il y est finalement parvenu. L’objectif était d'ouvrir le Congrès à tous les groupes antinucléaires, y compris ceux, nombreux, qui ont quitté le réseau ces dernières années. Cela n'a visiblement pas plu à certains – on va les appeler les 'conservateurs' –, toujours à cause du même « secret de famille ». Le nouveau CA, pourtant majoritairement élu, n'a jamais été considéré comme légitime par les anciens du CA et par l'équipe des salariés, qui a tout fait pour le dénigrer et le diviser – et rien pour l'aider. Nos propositions de régionalisation et de rééquilibrer le pouvoir au profit des groupes n'était pas dans leur objectif (malgré la décision de l'AG) – pas plus que d'interroger son fonctionnement.

C'est donc par « vent contraire » que ce Congrès s'est mis en place.

Pour autant, et sur notre propre énergie, une revue, Atomes crochus n°3, a pu être publiée et diffusée – malgré une censure d'un mois. Ce journal a permis d'ouvrir aux groupes la réflexion sur un certain nombre de propositions et d'analyses sur le réseau, tant sur ses aspects structurels que stratégiques. Une liste de discussion a été ouverte et proposée à tous les groupes, mais peu ont contribué et dans un temps très réduit, avec beaucoup d'échanges pollués par la crise.

Ces contributions ont malgré tout permis de publier un nouveau numéro d'Atomes crochus, le n°4 donc, relativement copieux (32 pages au format du Lot en action - qui a d'ailleurs aidé à sa publication, merci encore !). Ce journal devait servir, par décision du CA, de support à toutes les contributions des groupes pour le Congrès, plateformes, motions et analyses.

Les débats et les deux numéros d'Atomes crochus sont sur le site : http://journeesdetudes.org/atomescrochus

Il y a une grande défiance dans le milieu antinucléaire, en particulier suite à la crise du réseau… mais pas que. Une fracture initiale avait déjà eu lieu à la fondation même du réseau, quand Stop-Nogent, autour de Roger Belbeoch, avait décidé de ne pas rejoindre la structure. Certains groupes l'ont depuis quitté, ont monté d'autres fédérations régionales, comme la FAN Bretagne. Le réseau est loin de fédérer tous les groupes en France, contrairement à ce que son nom laisse à penser.

Notre objectif pour le Congrès était de réunir toutes les composantes de la lutte, dans et hors réseau. Si cela ne s'est fait que très partiellement pour le Congrès, nous l'avons réussi pour les deux numéros d'Atomes crochus, où une grande diversité de groupes a participé.

Une de mes grandes satisfactions pour Atomes crochus a été de pouvoir reproduire les quatre premières tapisseries du Chant du Monde de Jean Lurçat. Ces quatre tentures ont pour thème commun la menace atomique. Le Chant du Monde est la plus importante œuvre antinucléaire dans le monde, et il était important qu'elle puisse être reconnue comme telle par le mouvement antinucléaire. Jean Lurçat, dont on commémore cette année le 50° anniversaire de sa disparition, a réalisé Le Chant du Monde à Saint-Laurent-les-Tours, à deux pas de Saint-Céré où j'habite, et les dix pièces qui le composent sont exposées à Angers, où se tenait le Congrès. Tout un symbole !

 

LEA : Comment s'est passé le Congrès ?

Interview lablanquie 4ML : Et bien, les dés étaient lancés. Les groupes avaient eu les deux numéros d'Atomes crochus avec toutes les propositions, dont certaines très radicales, pour refonder le réseau. Nous défendions, avec entre autres trois autres groupes lotois, SDN lot, Bien profond et VITES, la plateforme « réseau en action », qui visait à acter un autre fonctionnement du réseau, décentralisé, rhizomatique, et au plus près des groupes de terrain. Il s'agissait de définir les conditions minimales de changement qui nous semblaient essentielles au vu de notre expérience et de notre analyse partagée. Des propositions pratiques à débattre et amender avec tous les groupes… Nous étions deux binômes et demi (5 personnes, dont moi) à nous présenter au CA pour défendre cette proposition.

En face, les « conservateurs » ont serré les coudes et se sont mobilisés. Les salariés étaient venus en force, disposés à des places stratégiques, de part et d'autre de la tribune. Nous étions trop peu de groupes à nous présenter au CA sur notre plateforme, alors qu'il aurait fallu un CA fortement majoritaire sur nos options pour pouvoir les mettre en œuvre. Le CA de 2015, pourtant majoritaire, avait trouvé les portes fermées ; nous ne pouvions espérer réussir notre réforme qu'avec une grande légitimité. Or, dès le début du Congrès, nous nous sommes retrouvés devant les mêmes blocages face à tout processus de changement… Et nous avons retiré nos candidatures.

Notre plateforme sans représentants, le choix des groupes s'est reporté sur la liste opportuniste et réformiste du « réseau en luttes » (4 binômes), et par défaut, avec beaucoup moins de voix, sur celle des conservateurs du « réseau en questions » (5 binômes). Le réseau salut donc le retour au pouvoir des administrateurs impliqués dans la crise de février 2010 et désavoués à l'AG 2015. On est loin d'un CA 'entièrement' renouvelé, comme s'en prévaut le CA actuel.

Ce qui est triste, c'est que les groupes étaient majoritairement favorables aux propositions du « réseau en action », mais nous n'avons pas eu les forces pour les porter au CA. Le rapport moral du CA dressait un tableau très critique du fonctionnement du réseau, en expliquant les blocages exercés contre son mandat et les difficultés posées à la mise en place du Congrès (cf. http://journeesdetudes.org/atomescrochus/revue/AC4/ressources/rapport_moral_2015.pdf). Celui-ci a été adopté à 62 % par les groupes, qui ne sont donc pas dupes.

La situation actuelle, malheureusement, est que le réseau est aux mains des salariés, entourés de courtisans, et qui pensent le réseau comme une ONG, une PME. Les groupes ne peuvent pas espérer être entendus.

Notre conclusion est que le réseau est irréformable. Nous travaillons donc à une autre coordination des groupes antinucléaires, et notre groupe prendra toute sa part dans sa construction et son animation.

Le groupe SDN Lot, comme beaucoup d'autres groupes avant nous, a décidé de se retirer du réseau. D'autres groupes lotois suivent la même démarche, comme Bien profond et VITES. Cette résolution nous donne l'occasion d'un nouveau départ, pour repenser nos stratégies et notre représentation. Aussi avons-nous décidé de nous re-constituer en un nouveau groupe, que nous proposons d'appeler « Arrêt du nucléaire Lot », ou ADN 46. Nous invitons les Lotois et les différents collectifs du département à se rapprocher de cette nouvelle structure et de participer à son AG constitutive, le dimanche 3 juillet à partir de midi à La Granja de Soulomès (à 3 km de Labastide-Murat).

 

LEA : peux-tu nous donner quelques chiffres sur le nucléaire en France ?

Interview lablanquie 5ML : Le territoire français compte 58 réacteurs pour 19 centrales. Celles-ci ont une durée de vie de 30 à 40 ans. Elles ont été construites et mises en service durant les années 1950-1970. Aujourd’hui, elles sont à bout de souffle et le contexte économique n’est plus du tout celui de la formidable croissance économique des « Trente Glorieuses » (1946-1975). Parmi les plus grosses centrales, on trouve Fessenheim (Alsace : environ 2 millions d’habitants), Tricastin (Rhône-Alpes : 6,5 millions d’habitants et Provence-Alpes-Côte d’Azur : environ 5 millions d’habitants), Flamanville (Basse Normandie : 1,7 million d’habitants). En France, la production d’électricité est produite à 80-90% par l’énergie nucléaire. Selon EDF, 85% de la part de la production française d’électricité d’origine nucléaire est assurée par 7 régions : Rhône-Alpes (20,2%), le Centre (18,7%), Haute-Normandie (13,3%), Champagne-Ardenne (9,5%), le Nord-Pas-de-Calais (8,9%), la Lorraine (8,5%) et l’Aquitaine (6,5%).

Enfin, on nous a servi pendant des années ce gros mensonge : l’électricité nucléaire d’EDF est moins chère que celle de nos voisins européens. Prenons simplement l’Union européenne, nous constatons que dans une dizaine de pays européens les ménages paient leur électricité moins chère que chez nous (Bulgarie par exemple). Quant aux entreprises, depuis les fortes augmentations annoncées par EDF pour financer la prolongation d’exploitation des réacteurs nucléaires, ce n’est plus le cas et ce sera de moins en moins le cas. Si EDF continue sa politique de hausse de prix, la France va devenir un des pays européens où l’électricité est la plus chère ! Sans parler du coût exorbitant du démantèlement des installations nucléaires et de la gestion des déchets nucléaires dont il va falloir s’occuper pendant des milliers d’années. Et là, je ne parle pas du risque que l’on fait prendre à l’environnement et aux populations qui ne peut pas entrer dans une équation comptable !

L’électricité nucléaire d’EDF va devenir de plus en plus chère et de plus en plus dangereuse à produire. Elle n’est pas si bon marché que l’on veut nous le faire croire, et elle fait peser sur nos vies des risques insensés et terrifiants !

Si l’on veut rentrer plus dans le détail du prix de l’électricité alors allons-y ! Depuis 2015 notamment, le marché de l’électricité s’est transformé. Afin de permettre une libre concurrence sur ce marché de l’électricité, depuis 2010, EDF est tenue de vendre à ses concurrents fournisseurs d’électricité nucléaire à un tarif proche du coût de revient. Ce tarif qui était attractif en 2011, ne l’est plus en 2015, car les prix sur le marché de gros ont beaucoup baissé ; ainsi, au second semestre de l’année 2015, les ventes d’EDF à ses concurrents se sont effondrées de 90% par rapport à 2014. Cette baisse du prix du marché est causée par une offre dépassant la demande, en partie provoquée par l’arrivée d’électricité produite par des énergies renouvelables souvent en excédent sur le réseau européen.

On constate aussi que ces énergies renouvelables sont compétitives. Ainsi, lors du dernier appel d’offres photovoltaïque, le prix proposé est descendu jusqu’à 70 € le mégawatt-heure, tandis que celui de l’éolien est à 82 €, que celui du nucléaire existant approche les 60 € selon la Cour des Comptes, et que celui de l’EPR prévu en Grande-Bretagne est supérieur à 115 € !!! (Voir la revue Atomes Crochus n° 3 - octobre 2015. p. 13).

 

LEA : alors le slogan d’une énergie nucléaire sûre à 100% est un gros mensonge ?

Interview lablanquie 6ML : Exactement ! Prenons le cas de la France avec la centrale nucléaire de Blayais en 1999 : la violente tempête de vent fait monter rapidement le niveau des eaux de l’estuaire de la Gironde. Gonflée par une grande marée et poussée par des vents de 140 km/heure, les vagues ont franchi la digue qui était censée protéger la centrale nucléaire. Résultat, une inondation qui a provoqué l’arrêt des réacteurs nucléaires. On a frôlé l’accident majeur type Fukushima. Le circuit de refroidissement d’un réacteur ne fonctionnait plus. Le préfet avait demandé au maire Alain Juppé de se préparer à évacuer la ville de Bordeaux. Pendant ce temps là, les techniciens et les ingénieurs ne savaient plus quoi faire et s’attendaient à une catastrophe ! Le circuit va se remettre en marche par miracle ! Selon la physicienne nucléaire Monique Sené, chercheuse au CNRS, 16 réacteurs français seraient menacés par des inondations en cas de fortes tempêtes.

Aujourd’hui, en France, l’industrie nucléaire fait de plus en plus appel à des intérimaires, et les matériaux sont soumis à des radiations très fortes qui les endommagent. On a un culte du mensonge sur la sécurité où l’on nous jure que nos centrales nucléaires sont sécurisées à cent pour cent ! Autre problème : selon un haut-commissaire à la sécurité nucléaire, une personne par semaine en moyenne se verrait refuser l’accès aux centrales nucléaires françaises pour dérives islamistes et radicalisation (site Internet de RTL, article de Claire Gaveau du 23 novembre 2015).

 

LEA : si le nucléaire est une impasse, pourquoi est-ce que l’on s’entête ?

ML : L’industrie nucléaire française est coincée car l’ensemble de ses centrales nucléaires sont vieillissantes. Les coûts de construction de nouvelles unités et de démantèlement des centrales arrêtées sont astronomiques ! Piégée, elle est incapable de faire face financièrement. Résultat, les tarifs n’ont pas fini d’augmenter, et l’on va prolonger la durée d’exploitation des réacteurs et des centrales, dont Fessenheim est l’exemple le plus emblématique, multipliant les risques d’accident à cause d’un matériel usé.

Mais jusqu’à quand va-t-on prolonger l’exploitation de ces centrales ? En outre, comme la production de notre pays dépend à 80%-90% de l’énergie nucléaire, le problème paraît insoluble alors qu’il faut massivement et immédiatement investir dans des filières alternatives ! Pour compliquer le tout, notre société se caractérise par le gaspillage des énergies, gaspillage encouragé par une société de consommation débridée. Nos responsables politiques, influencés par le lobby du nucléaire dont le corps des mines, investissent toujours dans ce secteur. ITER en est l’illustration, c’est la course en avant vers le mythe de l’homme surpuissant, le désastre annoncé de la Tour de Babel (Babylone) où l’orgueil humain et sa foi dans la technique sont à l’origine de sa perte !

On a un déni sidérant de l’idéologie nucléaire sur les effets de la radioactivité. Par rapport à la surface et au nombre d’habitants, répétons le, 80 à 90% de la production d’électricité produite est issue de l’industrie nucléaire, aucun pays ne surpasse la France. Nous avons déjà eu cinq accidents majeurs dans le monde, cela fait un tous les 10 ans :

- le 28 mars 1979, une partie du cœur du réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Three Mile Island en Pennsylvanie entre en fusion à cause d’une fuite de fluide réfrigérant. L’explosion n’a été évitée que de justesse. Néanmoins des centaines de tonnes de gaz radioactifs ont été relâchées dans l’atmosphère. Environ 200 000 personnes sont évacuées. Depuis, aucun autre réacteur nucléaire n’a été mis en service aux États-Unis.

- Le 26 avril 1986, l’augmentation incontrôlée de la puissance du réacteur n°4 de Tchernobyl suite à une expérimentation a conduit à la fusion du cœur qui a provoqué une contamination de l’environnement avec de nombreux décès et maladies survenus pendant et après l’explosion à cause des radiations et de la contamination généralisée de la région, qui se trouve seulement à 110 km de Kiev. Des centaines de milliers de soldats et de travailleurs furent exposés à des doses massives de radiations pour tenter de refroidir le combustible en fusion et de limiter le désastre. Aller dans ce secteur équivalait et équivaut toujours à une condamnation à mort. Le nuage radioactif se répandit à travers le monde.

On estime à 350 000 les personnes évacuées des zones les plus proches de cet Apocalypse nucléaire. Elles ne pourront jamais y revenir. Depuis dans la région on a constaté une très forte augmentation des cancers (+291 %) et pour les cancers de la prostate en Ukraine (+ 130 %), des leucémies (+450 %), des tumeurs malignes (+68 %), de la mortalité infantile et des malformations terrifiantes pour les nouveaux nés (Source : Un climat d’espoir 2007 produit par Scott Ludlam et José Garcia pour l’Association ANAWA, Australia). C’est le premier accident classé au niveau 7 sur l’échelle internationale des événements nucléaires (INES), le plus grave accident nucléaire jamais répertorié – il y a eu depuis Fukushima.

On a constaté une augmentation des cancers de la thyroïde, des leucémies dans les pays touchés par les effets de l’explosion de Tchernobyl, y compris en France où le gouvernement avait expliqué - sans rire - que le nuage s’était arrêté à la frontière franco-belge. Une bande dessinée, « Tchernobyl, le nuage sans fin », publiée par l'Association française des malades de la thyroïde, révèle les pièces du procès que l'AFMT a perdu contre l'État (http://nuagesansfin.info). On peut ainsi constater l'attitude des autorités françaises et de certains de ses responsables dans la gestion des premiers jours de la catastrophe, réaction qui a consisté à nier et minimiser les dangers, pour ne pas affoler les populations et les détourner de tout doute sur le nucléaire. De fait, ordre a été donné en haut haut lieu pour qu'aucune préconisation ne soit prise – même pour les femmes enceintes.

- Enfin, la terrible catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011 où trois réacteurs sont entrés en fusion, elle aussi toujours en cours, avec des rejets dans l’océan Pacifique d’eaux contaminées et dans l’atmosphère de gaz radioactifs. Accident classé niveau 7. Une région dévastée, une population condamnée. Globalement entre 5 et 7 millions de personnes vivent dans des zones très contaminées.

Il y a aussi de nombreuses crises où l’on est passé à un cheveu de la catastrophe ! Exemples ? Un accident majeur a été stoppé de peu à Davis-Besse aux USA en 1985 et 2002, en Allemagne en 1988 (THTR-300), à Narora en Inde en 1993 et en août 2006, à la centrale nucléaire suédoise de Forsmark, l’accident d’une ampleur identique à celle de Tchernobyl a été évité à 7 minutes près !!! Quel sera le prochain pays touché : France, USA, Inde, Grande Bretagne, Russie, Finlande, Belgique ?

Tchernobyl n'a pas empêché Fukushima et la fusion de trois réacteurs, mais il a en revanche servi à rendre plus performante la gestion de la catastrophe par le contrôle de l'information et des populations avec des programmes basés sur le déni (Ethos, Core). Une catastrophe nucléaire est permanente. Elle n'est ni limitée dans l'espace (pas de frontières pour les nuages) ni dans le temps (diffusion permanente de particules radioactives, atteinte du génome pour des générations…). La seule gestion possible est policière.

L'Académie des sciences de New-York publiait en 2010 un rapport révélant l'ampleur de la catastrophe en mentionnant le chiffre de près d'un million de morts imputables à Tchernobyl. Dans le même temps, l'Organisation mondiale de la santé, malgré un effort de réévaluation, n'avouait que 16.000 décès. Cette différence de bilan souligne les compromissions de l'institution onusienne – l'OMS étant tenue de soumettre toutes ses données pour validation à l'Agence internationale pour l'énergie atomique, son organisme de tutelle. On ne peut qu'être étonné, voire révolté, que l'OMS, dont la fonction est de préserver la santé de la population, puisse être soumis à l'AIEA dont la fonction est la défense et la promotion de l'énergie atomique – et constater le conflit d'intérêts.

Les associations Independant Who, la Criirad et Enfants Tchernobyl Belarus dénoncent cette collusion. Le film « Controverses nucléaires » (sur le site : http://enfants-tchernobyl-belarus.org), révèle l'attitude négationniste des experts onusiens face aux études, comme celles de Yuri Bandajewski, qui démontrent les effets des faibles doses sur l'organisme, particulièrement par ingestion à travers l'alimentation. Yves Lenoir, président d'ETB, vient de publier « La Comédie atomique » – l'histoire occultée des dangers des radiations – qui explique par le détail les ressorts et les relais de la mise en place progressive et constante de la doctrine officielle de radioprotection, et l'institutionnalisation du déni sur les effets de la radioactivité.

 

LEA : en conclusion ?

ML : L’Union européenne et l’État français se résignent et préparent les gens à l’inacceptable : un accident majeur de type Tchernobyl ou Fukushima en Europe, et plus potentiellement en France. Notre mission est de protéger les populations et l’environnement, nous devons transmettre aux générations futures un monde meilleur. Et l'impuissance individuelle de chacun ne doit pas être une fatalité. C'est collectivement que nous devons nous opposer au meurtre qui se prépare, avec le complicité de quelques politiques et lobbyistes de l'atome. Il faut dénoncer le déni de réalité de quelques-uns qui mettent en péril l'humanité entière et les générations futures.

Le nucléaire est un problème écologique, mais l’entrée de certains mouvements en politique a compliqué l'action car ils ont mis le doigt dans l’engrenage infernal des compromissions. Historiquement l’opposition au nucléaire militaire et au nucléaire civil est au centre du combat écologiste ! La lutte contre le nucléaire a donc une place particulière. Ce point était non négociable et ce combat rassemblait tous les mouvements, c’était la pierre angulaire, la pierre fondatrice des groupes écologistes. Nous étions d’accord là-dessus car nous avions pleinement conscience que les accidents nucléaires majeurs, comme Tchernobyl ou Fukushima, sont irréversibles !!!

Un lotois célèbre, André Breton, avait très tôt pris conscience de la menace qui pèse sur nous, en participant activement à la mondialisation de Cahors et du Lot en 1949 (voir le site sur Cahors-Mundi : http://journeesdetudes.org/lotoisdumonde/). En 1958, il signait avec le groupe surréaliste le manifeste « Démasquez les physiciens, videz les laboratoires »  : « …voici l’espèce humaine vouée à la destruction complète, que ce soit par l’emploi cynique des bombes nucléaires, fussent-elles “propres” (!), ou par les ravages dus aux déchets qui, en attendant, polluent de manière imprévisible le conditionnement atmosphérique et biologique de l’espèce (...). La pensée révolutionnaire voit les conditions élémentaires de son activité réduite à une marge telle qu’elle doit se retremper à ses sources de révolte, et, en deçà d’un monde qui ne sait plus nourrir que son propre cancer, retrouver les chances inconnues de la fureur ».

Le nucléaire ne doit plus souiller la terre, répandre la mort et confisquer la démocratie.

Nous devons aujourd'hui encore, à l'instar d'André Breton, nous retremper à nos sources de révolte.

contact : michel.lablanquie@free.fr

 

Propos recueillis par Emmanuel Gaignault

 

QUELQUES DÉCLARATIONS À CHARGE CONTRE L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE

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Gregory ZACZKO (président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire des USA de 2009 à 2012) :

« Le nucléaire représente un danger inacceptable (…) Je pense qu’il est temps de commencer à arrêter tous les réacteurs nucléaires actuellement en service (…) Je considère que le nucléaire est une technologie qui n’est tout simplement pas viable au niveau national, au Japon, et nulle part ailleurs. »

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Pierre-Franck CHEVET (président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire en France depuis 2012) :

Il a déclaré devant l’Assemblée nationale à propos du nucléaire : « L’accident est possible en France. Il faut donc se préparer à ce type de situation, y compris à des crises importantes et longues. »

Source : www.youtube.com/watch?v=kh7h7BahqEo

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Commandant Jacques-Yves COUSTEAU :

« Le soleil brille. Une brise établie souffle sur la mer... Et je songe à l’absurdité de notre mode de vie. À notre folie énergétique...  Nous cherchons avidement de nouveaux gisements de pétrole, nous construisons des centrales nucléaires ; mais pourquoi ? Pourquoi faire appel aux combustibles fossiles ou à l’uranium (qui ne sont pas renouvelables, qui polluent...), alors que nous disposons de l’énergie inépuisable, propre, renouvelable, du soleil et du vent ? » (1980).

Le commandant Cousteau était un explorateur, un cinéaste, un chercheur connu dans le monde entier. Il fut également membre de l’Académie française.

Source : « Le soleil brille encore », Pierre-Yves Cousteau, président de l’association Cousteau Divers. Huffington Post, 7 février 2012. http://www.huffingtonpost.fr/pierreyves-cousteau/le-soleil-brille-encore_b_1260249.html

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François ROUSSELY (ex-PDG d’EDF) :

« C’est au contribuable de payer la recherche et le développement du nucléaire, sinon le kWh d’électricité nucléaire ne serait plus compétitif,» a-t-il déclaré lors du colloque « Effet de serre et sociétés » qui eut lieu en février 2002 au Sénat.

François Roussely a été PDG d’EDF de 1998 à 2004 et membre du comité de l’énergie nucléaire du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de 1991 à 1997.

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Tony BENN (ex-ministre chargé du programme nucléaire britannique) :

«  Mon expérience en tant que ministre m’a conduit à devenir opposé à l’énergie nucléaire. On m’avait dit que l’énergie nucléaire était bon marché, sûre et pacifique. Je me souviens encore d’Eisenhower parlant des "atomes pour la paix" [program Atoms for Peace]. Mais mon expérience en tant que ministre m’a conduit à devenir opposé à l’énergie nucléaire. J’ai appris par expérience qu’elle n’est ni bon marché, ni sûre, ni pacifique. J’ai découvert après avoir quitté ma fonction que du plutonium produit en Grande-Bretagne avait été envoyé aux Américains pour leur programme de développement d’armes atomiques. L’énergie nucléaire est un gros problème environnemental et Fukushima est un avertissement adressé au monde. »

Tony Benn, ancien ministre travailliste, en charge à la fin des années 1960 du programme nucléaire britannique, a réaffirmé son opposition au nucléaire en janvier 2012.

Source : bulletin "Nuclear Power - Not worth the risk" n°177, janvier 2012, édité par Shut Down Sizewell Campaign

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Stéphane HESSEL (ancien résistant et diplomate, essayiste) :

« Le nucléaire est une menace et un pari perdant »

« Pourquoi est-il si important que le nucléaire soit une thématique débattue, un enjeu clairement compris ? Parce qu’il ne s’agit pas d’une énergie anodine. Il représente bien au contraire une menace pour nous tous, citoyens, citoyennes, qui vivons - sans en avoir le choix - au contact de ces installations potentiellement mortifères. Parce que le nucléaire est aussi un pari perdant sur l’enjeu majeur de notre siècle : les changements climatiques. S’abriter derrière la fausse idée que l’atome a la capacité d’entraver la course folle vers les bouleversements climatiques, c’est vivre dans une dangereuse illusion. »

Source: Le 17 février 2012, Stéphane Hessel a confié aux Dernières Nouvelles d’Alsace son opposition résolue au nucléaire.

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Théodore MONOD (explorateur et scientifique naturaliste de renommée mondiale) :

« L’énergie nucléaire est une considérable imprudence où la France s’est lancée à corps perdu »

Dans Le chercheur d’absolu, Théodore Monod écrivait :

« L’énergie nucléaire est une considérable imprudence où la France s’est lancée à corps perdu. D’autres pays, plus avisés, ont fait marche arrière : la Suisse, l’Allemagne, la Suède, les États-Unis. [...]

Pour comble, la France abrite les plus grandes décharges nucléaires d’Europe. De quoi pourrir le tissu écologique. La justice a tranché. La capitale de ces déchets radioactifs sera située à Digueville, dans la Manche. Le chiffre est astronomique, près de 70 000 tonnes de déchets français sans compter ceux venant de l’étranger. [...]

On peut craindre un autre Tchernobyl, n’importe où, n’importe quand. L’information a été faussée au point qu’on nous a dit que le nuage radioactif n’avait pas franchi le Rhin, alors qu’il s’est dilué, bien entendu, sur une partie de l’Hexagone. [...]

La Hague est devenue la poubelle nucléaire de l’Europe, mais les informations télévisées nous rassurent. Tout va pour le mieux, d’après l’A.N.D.R.A. (l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs) qui a déterminé les lieux de stockage. Cet organisme est à la recherche d’un site éternel. C’est très difficile. Il faut toujours tenir compte des failles sismiques, du jeu des plaques tectoniques, du terrain qui passe du grès à l’argile sans transition. L’être humain a peut-être la mémoire courte mais pas la Terre. Les déchets radioactifs finiront dans des formations géologiques, soi-disant « stables ». Cela concerne des millions d’années car les déchets ont la vie longue. En outre, la Terre est en animation perpétuelle, en surface comme en sous-sol. Les bonnes gens à la mémoire courte et à l’égoïsme long dormiront en paix sur cette Terre-poubelle qui offre des garanties de solidité. Et qu’importe les fuites éventuelles des containers, le grand public a une notion limitée de l’avenir, 50 ou 100 ans lui semblent une immensité temporelle, mais pour le scientifique c’est un iota dans le sablier du Temps. Je ne suis pas pessimiste, mais clairvoyant. [...] »

Décédé en 2000, Théodore Monod aura été l’un des plus grands explorateurs et scientifiques naturalistes français. Spécialiste des milieux désertiques et auteur de nombreux ouvrages fameux, il était aussi un humaniste et un écologiste engagé.

Source : Théodore Monod, Le chercheur d’absolu, éditions du Cherche-Midi, 1997, p.60-65

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Hubert REEVES (astrophysicien de renommée internationale et essayiste) :

« Le nucléaire est une mauvaise solution car il revient à hypothéquer l’avenir »

Le célèbre astrophysicien Hubert Reeves s’est à de nombreuses reprises exprimé sur son soutien à la sortie du nucléaire et son opposition à l’utilisation de cette énergie.

« Ce conflit entre la sécurité et le profit est pour moi une des raisons pour laquelle je pense que le nucléaire est une activité trop dangereuse pour être confiée aux « humains trop humains » (pour reprendre l’expression de Nietzsche). On ne laisse pas les enfants jouer avec les allumettes. »

Source : extrait de l’interview donnée par Hubert Reeves à au journal La Vie le 24 mars 2011. Lire l’interview intégrale sur le site de La Vie

« On n’a plus le temps du nucléaire. La technique utilisée aujourd’hui, celle des neutrons lents, verra ses réserves s’épuiser dans 50 ans également. Les surgénérateurs utilisant les neutrons rapides ne seront pas prêts avant un siècle. Et la technique de fusion contrôlée du type ITER ne sera pas au point avant cinquante voire cent ans. De toute manière le nucléaire est une mauvaise solution car il revient à hypothéquer l’avenir. À nous l’énergie, à nos enfants les déchets... »

Source : extrait de l’interview donnée par Hubert Reeves aux Dernières Nouvelles d’Alsace le 12 mars 2005.

http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&sousmenu=revue&page=article&id=109&num=28

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Václav HAVEL (dramaturge, opposant au régime communiste tchèque, ex-président de la République tchèque de 1993 à 2003) :

« La science peut mener à la découverte de l’énergie atomique, mais elle ne peut pas nous préserver d’une catastrophe nucléaire »

Source : Méditation d’été, livre écrit par Vaclav Havel et paru en français en 1998.

Commentaires (1)

1. Lablanquie Michel (site web) 23/06/2016

Invitation à la re-constitution d'un groupe antinucléaire lotois

Nous n'avons pas dans le Lot de centrale nucléaire, mais nous sommes néanmoins tous concerné-e-s par cette industrie et les risques qu'elle comporte. Si un accident majeur survient à la centrale toute proche de Golfech, c'est toute une région qui sera concernée par une contamination radioactive inéluctable. Or cette catastrophe nous est promise à plus ou moins long terme. Les autorités – les mêmes qui nous promettaient il y a 40 ans un nucléaire infaillible – nous y préparent. Pierre-Franck Chevet, président de l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire), le dit : « un accident majeur, comme ceux de Tchernobyl ou de Fukushima, ne peut être exclu nulle part dans le monde, y compris en Europe » (Le Monde, 22 avril 2016).

Il est aujourd'hui urgent que l'arrêt du nucléaire, civil et militaire, revienne au centre de nos exigences sociales et écologiques. Les difficultés financières des usines atomiques (EDF, Areva…), le coût montant de l'électricité et de la maintenance, les dénis de réalité de leurs promoteurs (politiques, lobbies) mettent en évidence que l'abandon du nucléaire et une politique résolue de transition énergétique vers une société sobre et renouvelable sont la seule alternative possible à la catastrophe.

Le groupe "Sortir du nucléaire Lot" (http://journeesdetudes.org/adnlot), fondé en 2004, invite tous les Lotois, individus et collectifs, à participer à l'Assemblée générale de re-constitution d'un groupe antinucléaire dans le Lot, le 3 juillet à Soulomès. SDN Lot veut profiter de sa sortie du réseau « Sortir du nucléaire »* pour changer de nom et revoir ses statuts, sa stratégie et ses modes opératoires. Nous proposerons à l'avis des participants l'adoption d'un nouveau nom : « Arrêt du nucléaire Lot » ou ADN 46.

Le groupe continuera localement a agir contre le nucléaire par des actions de sensibilisation et d'interpellation, et au niveau national auprès de la toute nouvelle coordination « Arrêt du nucléaire ». La lutte se réorganise en effet de manière transversale entre les groupes de terrain, stimulée par des perspectives communes. ADN poursuivra la publication d'Atomes crochus, journal dont les n° 3 et 4 ont donné de précieuses bases à la coordination, et prépare une nouvelle édition de ses Journées d'Étude (http://journeesdetudes.org).

Nous invitons les Lotois et les différents collectifs du département à se rapprocher de cette nouvelle structure et à participer à son AG constitutive, le dimanche 3 juillet à La Granja de Soulomès (à 3 km de Labastide-Murat). Nous nous retrouverons à partir de midi pour un repas partagé, et à 14h pour une AG conviviale.

Si vous souhaitez adhérer à l'association, la soutenir, ou être informé de ses actions, merci de nous le signaler par mail (à l'adresse ci-dessous)

Ordre du jour :
- bilan de l'action du groupe SDN Lot, du travail de refondation du réseau "Sortir du nucléaire" et du Congrès antinucléaire d'Angers
- discussion et débat autour de la constitution d'un nouveau groupe "Arrêt du nucléaire Lot"
- adoption du nom et des statuts du groupe
- élection du conseil d'administration
- débat sur la stratégie et les perspectives
- questions diverses.

Le futur groupe "Arrêt du nucléaire Lot" (ex-SDN Lot)

contact : 06 46 41 08 11 - mailto:michel.lablanquie@free.fr

* voir Le Lot en action n° 100, mai 2016, p. 21
- et le communiqué des groupes : « Pourquoi nous quittons le réseau "Sortir du nucléaire » :
http://journeesdetudes.org/sdnlot/reseau/communique-sortie.html

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