Made in viande

Source : Le Lot en Action n°86 (décembre-janvier 2014-2015), par Senga, mis en ligne le 19 juin 2016

Chronique senga 2La dernière semaine d'octobre ont eu lieu les "Rencontres Made in Viande", organisées sur tout le territoire par Interbev (Interprofession Bétail & Viande). Vous serez sans doute d'accord avec moi, l'expression "made in viande" n'a aucun sens ni en anglais ni en français, mais elle sonne bien — ah, ces publicistes ! C'est que l'Interbev souhaite faire découvrir, je cite, «des hommes et des femmes d'une filière d'exception !» (effectivement, tout le monde ne peut pas, sans état d'âme, envoyer des animaux à l'abattoir ou manipuler des morceaux de cadavres à longueur de journée) et «offrir un grand moment de partage et de fête» (certes pas pour les animaux réduits en saucisses ou côtelettes). Les vidéos du site informent que le secteur recrute pour différents emplois et montrent des professionnels passionnés et fiers de ce qu'ils font. En ce qui me concerne, je reste pantoise quand je vois des employés d'abattoir tout souriants devant des carcasses suspendues ou un éleveur bisouiller l'agneau ou caresser la vache qu'il va faire tuer quelques jours plus tard. Si la presse nationale a boudé "l'événement", les journaux régionaux ont largement relayé l'information et La Dépêche du Midi n'était pas en reste. J'ai relevé cinq articles dans les pages Lot, entre le 28 octobre et le 2 novembre, tous pro-viande évidemment. Quelques jours plus tôt (1), il était question de l'abattoir de Saint-Céré qui est en travaux pour obtenir l'excellence sur le plan de l'hygiène, et aussi pour augmenter ses capacités de "traitement" de la viande jusqu'à 4 500 tonnes par an — j'emploie le jargon utilisé par le président du conseil d'administration de l'abattoir interrogé dans l'article mais les mots qui me viennent spontanément à l'esprit ne sont pas teintés d'euphémisme et si j'osais les écrire, je me ferais "traiter" de végétarienne intégriste, ou pire qui sait, comme la viande d'abattoir. N'empêche, appeler "sacrificateurs" de simples tueurs me fait doucement rigoler jaune. Je serais partiale si je ne mentionnais pas que les travaux entrepris ont aussi pour but de réduire le stress des animaux : eh oui, avant d'avoir de la viande à traiter, on a affaire à des veaux, vaches, cochons, moutons qui ne vont pas, tout guillerets et de leur plein gré, se faire immoler pour le dieu humain qui dispose de leurs vies comme bon lui semble. Il n'est pas précisé s'il s'agit de diffuser de la musique douce ou de distribuer des anxiolytiques. On peut toutefois se poser des questions sur l'intérêt de travaux s'élevant à 1,8 million d'euros et financés notamment par la Région et le Conseil général quand il est dit dans l'article même que, du fait de la conjoncture, 3 500 tonnes de viande seront "traitées" cette année contre 4 300 il y a cinq ans, quand le GIEC réaffirme qu'il conviendrait de diminuer la consommation de viande pour réduire le réchauffement climatique et la faim dans le monde, quand le nombre de végétariens ne cesse d'augmenter...

Les lentilles se passent aisément de petit salé (cf. recette dans Protéines de mars 2014) et la choucroute de saucisses (pour le goût vous pouvez mettre du tofu fumé à la place). Un plat principal n'est pas forcément une viande et un "accompagnement" ; l'"accompagnement" peut devenir le plat. L'imagination est aussi dans l'assiette.

(1) Abattoir : des travaux pour viser l'excellence La Dépêche du 23.10.2014

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