La bio française se porte bien, peut-être même trop bien…

Article publié dans le numéro de juin (n°111), par Bluboux (Laurent Cougnoux), mis en ligne le 15 juin 2017

Bio 1L'agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique (L'agence bio) a publié le 23 mai dernier son rapport (1) sur l'année 2016, et les chiffres annoncés démontrent que le secteur a plus que le vent en poupe. La consommation de produits bio en France a bondi de 21,7 % en 2016 ! En 15 ans le marché a été multiplié par sept, passant d'un peu moins d'un milliard d'euros en 1999, à 5,9 milliards en 2015 puis 7,1 milliards en 2016. Des chiffres à donner le tournis à la grande distribution, qui capte 45 % de ce marché, devant les magasins spécialisés bio (37 %). Il ne reste que 18 % que se partagent les producteurs et les petits artisans-commerçants.

Les derniers chiffres que je souhaite vous rapporter, avant de commenter, concernent la répartition de ce marché, qui séduit presque essentiellement les ménages (6,7 milliards) puisque la restauration hors domicile (restaurants et cantines) ne représente encore que 411 millions d’euros de chiffre d’affaires. Notons également que sur tous les produits bio consommés par les Français, 71 % sont produits en France. Sur les 29 % de produits importés, plus de la moitié vient de pays membres de l’Union européenne (le reste peut être considéré comme exotique - banane, café, cacao ou agrumes). Enfin (promis ce sont les derniers chiffres), l'ensemble de la filière bio française représente 32 264 fermes engagées en bio et 118 000 emplois directs en 2016.

Biocoop breg osio03Si tous ces indicateurs constituent indéniablement une bonne nouvelle, tant pour la santé des consommateurs que pour l'environnement et l'emploi, il convient de rappeler que le chiffre d'affaire de la bio ne représente pour le moment que 3,5 % du marché alimentaire à domicile. Et si les magasins spécialisés résistent très bien (type Biocoop), la part de marché grandissante de la grande distribution et la perspective du développement de la restauration hors domicile, notamment les cantines, va inéluctablement orienter la filière vers le productivisme. On commence déjà à voir évoluer de nombreux producteurs vers des méthodes d'agriculture intensive bio.

Vous me voyez venir… La meilleure façon de soutenir le changement de paradigme en matière d'agriculture, c'est encore de s'approvisionner directement auprès des petits producteurs ou dans les magasins spécialisés qui jouent pleinement le jeu des petits producteurs locaux. Pour le reste, même si la bio devient industrielle, tant que le cahier des charges du label bio européen exclura la chimie et les OGM sous toutes leurs formes, nous gagnerons tout de même à faire diminuer les parts de marché des Bayer-Monsanto-Syngeta-Pioneer-Avril-Sofiproteol et consorts.

 

Notes

(1) Ce rapport est disponible en ligne (pdf de 41 pages) : http://bit.ly/2rQ4TOp

 

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