Initiatives : deux écoles alternatives en Corrèze !

Article publié dans le numéro de novembre (n°105), par Céline Perrin, mis en ligne le 30 novembre 2016

Mi-septembre ont ouvert, presque simultanément, deux écoles alternatives, l'une à Malemort, l'autre à Bilhac. Une première pour le département. S'en réjouir ou s'en inquiéter, quoi qu'il en soit, elles répondent à des besoins et des demandes de plus en plus nombreux.

 

L'École innovante, à Malemort

Regional deux ecoles alternatives en correze ecole innovante reunion du matinLe 15 septembre dernier, l'École alternative a enfin ouvert ses portes à Malemort. Ce projet, porté par Delphine Laval-Cziffra depuis plusieurs années (épaulée depuis 2015 par l'association « Dès demain ») a connu des difficultés importantes ce printemps. En effet, l'école aurait dû ouvrir à St-Viance, mais fin mai, elle se retrouvait sans locaux. Grâce au soutien important du maire de Malemort, un local a été trouvé. La campagne de financement participatif lancée au printemps a permis de récolter 13 000 € de fonds qui se sont ajoutés au mécénat. Ainsi, les travaux de mises aux normes et l'acquisition de matériels et mobiliers ont pu être intégralement financés. Les services municipaux mobilisés ont permis au projet d'aboutir presque dans les temps : l'école a bien ouvert en septembre dernier.

Le changement de lieu a entraîné quelques désistements de familles, trop éloignées géographiquement. Néanmoins, l'école accueille d’ores et déjà douze enfants, âgés de 3 à 9 ans. Les locaux de 90 m2 permettront l'accueil de quatre autres enfants cette année, dès que le recrutement d'une seconde personne sera réalisé. Car pour le moment, c'est Delphine, fondatrice du projet, qui est l'unique salariée. L'arrivée de cette seconde personne, et peut-être aussi le recours à un service civique, devrait permettre de relancer les recherches de locaux, plus spacieux, pour accueillir plus d'enfants.

Cette école est axée sur les apprentissages autonomes : autrement dit, pas de pédagogie spécifique mise en avant. On se base essentiellement sur la curiosité et l’enthousiasme des enfants et on s'en saisit pour leur permettre d'apprendre facilement, dès qu'ils sont prêts.

L'école est ouverte du lundi au vendredi, toute la journée, mercredi après-midi inclus. Le matin, l'arrivée est échelonnée de 9h à 9h45, permettant ainsi de respecter au mieux le rythme de chacun. Deux temps forts marquent la journée : la réunion du matin, qui est l'occasion pour chacun d'exprimer ses émotions, ses envies, et de donner l'impulsion à la journée, et celle du soir, qui permet de réguler la vie dans le groupe, de prendre des décisions, de se féliciter,etc.

Les repas sont pris sur place, chaque enfant apportant son repas, comme son ou ses goûters éventuels.

Parmi les 12 enfants actuellement accueillis, environ la moitié a connu l'instruction en famille, avec ou sans période de scolarisation dans le public. D'autres en viennent directement. Beaucoup parlent de la souffrance à l'école avant d'arriver ici.

Les parents sont totalement investis dans l'école et participent notamment à l'entretien et la maintenance des locaux. Les coûts de scolarisation varient de 200 à 320 euros, selon le quotient familial.

 

L'école Chrysalis, à Bilhac

Regional deux ecoles alternatives en correze ecole chrysalisChrysalis a ouvert ses portes le 19 septembre dernier. Et on peut dire que c'est un exploit ! En effet, à l'origine de ce projet, trois mamans qui commencent à y penser en février 2016, six mois seulement avant l'ouverture. En mars, elles créent l'association « Effet Papillon » pour porter le projet. En avril, elles publient une annonce pour recruter l'éducateur/trice de la future école, et rencontrent ainsi Isabelle, éducatrice Montessori. C'est alors que le projet pédagogique s'élabore : ce sera une école Montessori. Dans la foulée, une réunion d'information est organisée et à la surprise générale, ce sont cinquante familles qui viennent à cette rencontre. Des fiches de pré-inscription se remplissent déjà. Les locaux sont trouvés rapidement (une ancienne jardinerie), un hangar avec trois faces vitrées, une cour, un grand terrain. Le bail est signé le 25 juillet, les travaux démarrent dès le lendemain. Des entreprises et artisans soutiennent le projet : d'énormes travaux sont réalisés, totalement gratuitement, avec le concours de nombreux bénévoles, et souvent, même les fournitures sont offertes. D'un hangar vide et non isolé, l'école dispose aujourd'hui de 144 m² d'espaces très agréables. Le jardin sera bientôt lui-aussi aménagé. Le mobilier a été largement fabriqué lui aussi, dans un souci d'économie.

 

L'école accueille aujourd'hui vingt enfants. Dix dans le groupe des grands (6-12 ans), dix dans le groupe des petits (3-6 ans). Deux espaces distincts et deux éducatrices accompagnent les enfants. Isabelle, directrice de l'école est seule salariée actuellement, sur le groupe des grands ; Alice, éducatrice Montessori, bénévole pour le moment, pour les petits. Géraldine, en service civique, accompagne également le projet. Chez les grands, chaque enfant se voit donner chaque matin une enveloppe avec le travail à réaliser dans la journée. À terme, Isabelle souhaite arriver à une autonomie plus importante, permettant à chaque enfant d'élaborer lui-même son emploi du temps. Les apprentissages consistent en beaucoup de manipulations avant d'arriver à l'abstraction.

Chez les petits, l'autonomie est également à l'honneur et ils semblent s'en saisir plus aisément, n'ayant pas encore été conditionnés par le système scolaire.

Les enfants arrivent ici suite à de la souffrance à l'école ou simplement par choix de la pédagogie. Il reste aujourd'hui deux places disponibles. En 2017, l'effectif sera élargi à 30 places.

En pratique, l'école est ouverte les lundis, mardis, jeudis et vendredis. L'école commence à 9h pour se terminer à 16h30. Une garderie est assurée dès 8h, et jusqu'à 19h. Les enfants sont guidés par les éducatrices dans leurs apprentissages, et utilisent tous le matériel pédagogique à leur disposition. Ce matériel est actuellement prêté par Isabelle, le temps pour l'école de lever des fonds pour réaliser ces investissements et acquérir son propre matériel. Une campagne sera lancée prochainement, et en attendant, les dons sont acceptés !

Là aussi les parents s'impliquent dans l'entretien et la maintenance du site. Quant au coût de scolarité, ils s'élèvent à 220 euros pour un enfant, 310 euros pour deux enfants, et 410 euros pour trois enfants.

 

Pour en savoir plus :

L'école innovante : http://apprendreautrement19.fr - Association « Dès demain », pour Apprendre Autrement - 19

L'école Chrysalis : http://www.ecolechrysalis.com – Page Facebook : Chrysalis Ecole

 

 

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Commentaires (4)

1. boux (site web) 05/12/2016

Bonjour Michèle, je vous engage à lire le dossier central du numéro de décembre (actuellement en kiosques) qui est consacré à l'école moderne (Célestin Freinet). On y parle également du groupe lotois qui se réveille. Bref, l'école publique à donc également une belle place dans nos colonnes...

2. Michèle Faurel 05/12/2016

Dans les petites écoles rurales que je suis amenée à visiter, ni pression ni compétition telles que vous les décrivez quelque peu caricaturalement, ainsi que leurs conséquences. Les classes sont gérées par de jeunes femmes passionnées, ouvertes, utilisant aussi des méthodes alternatives ( la pédagogie Freinet et Montessori ) et qui tentent de se dégager du formatage institutionnel . Lequel relève, hélas, de multiples paramètres ( programmes, structures des classes ...etc ) et pas seulement de la compétition entre élèves. Je comprends toutefois votre démarche, moins votre jugement dans la presse sur les professeurs des écoles qui sont les premiers à essayer de faire bouger l'école, hors de toute démarche proséllyte.

3. Laurence 01/12/2016

Il est vrai que les tarifs sont assez dissuasifs, et qu'ils privent certainement une catégorie d'enfants de cet enseignement, alors qu'ils ne sont certainement pas les moins nécessiteux. Cependant, l'autonomie n'empêche pas d'être un enfant, l'autonomie n'est pas : la responsabilité, et ne prive pas d'insouciance, contrairement à la compétition, et à la pression mises sur les enfants à l'école publique. L'autonomie donne la confiance en soi et apprend à reconnaitre ses besoins et ses envies, et donne les moyens de les atteindre. La compétition prive de confiance en soi, et formate de bons petits soldats, bien obéissants et bien craintifs, hyper adaptés à la société répressive de consommation.

4. Michèle Faurel 01/12/2016

Il serait bon de préciser que les tarifs indiqués sont mensuels. Cela va sans dire, mais c'est mieux en le disant. Par ailleurs, l'article évoque par deux fois la souffrance des enfants à l'école publique. Or, dans le règlement, il est clairement indiqué que les enfants trop en souffrance et susceptibles de perturber l'enseignement ne sont pas les bienvenus. ou risquent l'exclusion. Le paradis, peut-être, mais un paradis élitiste. Pourquoi le cacher ? C'est la dure loi du privé, tout le monde le sait. Par ailleurs il y aurait beaucoup à dire sur cet engouement pour l'autonomie à tout prix, sur le poids de la responsabilité précoce imposée qui risque de priver certains enfants de l'insouciance, privilège des jeunes années.

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